Thessalonique, l'autre Grèce

Quand on pense à la Grèce, on voit l'Acropole d'Athènes, les villages blancs des Cyclades, l'eau turquoise des golfes. Alors évidemment, le nord de la Grèce, l'industrieuse Salonique, de surcroît en hiver, cela n'a plus grand chose à voir. Mais j'aime m'écarter des sentiers battus, et j'ai pris l'habitude de prendre mes quartiers pré-hivernaux quelque part sur le pourtour méditerranéen, entre mi-novembre et mi-décembre. Après l'Espagne, le Portugal ou Israël, c'est donc sur la Macédoine grecque que j'ai jeté mon dévolu cette année. Thessalonique (ou anciennement Salonique) est la seconde ville de Grèce après Athènes, celle que les touristes classiques ne vont pas visiter, même ceux venant de plus au nord dans les Balkans, Bulgares, Roumains ou Ukrainiens, qui s'y arrêtent à peine en été, lorsqu'ils vont chercher le soleil sur les plages du nord de la mer Égée. Pourtant, la ville essaie d'attirer quelques voyageurs intéressés par les vieilles pierres. De fait, cette ville moderne, animée, bruyante, polluée, est curieusement constellée de monuments anciens : pas de l'époque grecque classique, elle est postérieure, mais des ruines romaines et des monuments byzantins, puisqu'elle est un point de passage obligé sur la route de Constantinople alias Istanbul. Les ruines, encadrées d' immeubles hauts et gris, surprennent, offrant un espace vide incongru à côté des boutiques et du flot des passants, espace désert, si l'on exclut la présence de colonies de chats qui s'étirent sur les vieux cailloux, seuls visiteurs de ces champs au milieu de la ville. Ainsi le complexe de Galère, centre de la ville ancienne au VIème siècle, somnole dans son no man's land de pierres et de félins. Un peu plus haut, la Rotonde date de la même époque, bâtie sur le modèle du Panthéon romain, mais l'impression est différente. Elle a été reconstruite à la fin du siècle dernier, dans ses dimensions massives : avec son minaret rajouté ensuite, on dirait un pas de lancement vers l'espace, prêt un catapulter un satellite de brique dans l'espace.


Vers la mer, l'ambiance change, même la circulation automobile se calme, tandis que bars et restaurant pullulent, et que la jeunesse locale se pose sur une terrasse pour boire un coup. C'est que s'il y a peu de visiteurs, les locaux vivent et sortent, pour profiter de la vue sur la baie et du soleil, quand il est là. Bons restaurants, grecs ou pas, bars branchés, se succèdent, bien plus authentiques (et moins chers) qu'à Athènes, si bien qu'une étape à Salonique peut se concevoir si vous voulez voir une Grèce hors les sentiers battus. La promenade le long de l'eau, bordée de hauts immeubles souvent récents, est un peu minérale et demanderait plus de soin pour la rendre vraiment agréable. Même si un peu plus loin, des aménagements ont été réalisés pour végétaliser les quais, l'impression générale reste celle d'une large piste où se croisent piétons, joggeurs, cyclistes, et aussi ces horribles trottinettes électriques qui prolifèrent, fendant le vent à toute berzingue sans prendre garde aux bipèdes qui sont censés partager l'espace avec elles. On passe ainsi devant une sculpture moderne constituée de parapluies métalliques plantés devant la mer. Même si elle fait un peu posée là par hasard, elle a de l'allure, surtout lorsqu'un soleil couchant, filtré par les nuages, lui offre des couleurs crépusculaires tandis que sur l'onde parfaitement lisse, sans un souffle de vent, glissent des rameurs sur leurs frêles embarcations, s'entraînant le soir venu.


Je quitte le bord de mer pour aller voir à quoi ressemble la ville d'en-haut, plus ancienne, bâtie le long des fortifications qui enserrent encore aujourd'hui Salonique sur ses hauteurs. Le panorama depuis l'une des tours qui se succèdent sur les remparts confirme les dimensions de la ville, bien terne en cette fraîche et grise journée de décembre. J'avais espéré que sur ces cimes, je retrouverais le charme traditionnel des petites villes grecques ; si le calme est bien au rendez-vous, pour le charme il faudra repasser. Des parallélépipèdes en béton s'empilent, hérissés de tiges de fer ou de paraboles, l'architecture est anarchique, et l'urbanisation sauvage. Sans oublier les ordures qui jonchent les terrains vagues ici et là. Mieux vaut rester dans la ville moderne en contre-bas finalement.


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