En Chalcidique, vue sur le Mont Athos

Après la vibrante Thessalonique, si l'on veut retrouver un peu de calme, la Chalcidique en hiver est le parfait contrepoint. La Chalcidique sur la carte de la Grèce, c'est ce trident inversé qui pointe vers la mer Égée en-dessous de la côte. Je n'ai qu'une journée et demi à y consacrer, je me concentre donc sur la dent du milieu, celle de gauche étant moins sauvage, et celle de droite quasi-inaccessible : il s'agit du Mont Athos, occupé uniquement par des monastères, et pour laquelle il faut (essayer de) réserver un laissez-passer des mois en avance. Sus donc à la péninsule de Sithonie, par un mercredi froid, venteux et pluvieux - on doute vraiment être en Grèce ce jour-là ... Arrêt sur le chemin à Olynthe, ville majeure de la région aux alentours du IVème siècle avant J-C, qui batailla avec Athènes et Sparte dans les guerres qui sévissaient à cette époque. Un vague endroit pour se garer le long d'un grillage, une cabane en bois qui semble à moitié abandonnée, mais une porte est ouverte. Je rentre en hésitant, un petit 4x4 arrive en trombe et l'homme me fait signe de le suivre dans sa cahute pour que j'acquitte l'exorbitant droit de 2 euros pour visiter le site. Je suis peut-être le seul client de la journée, il ne faut pas qu'il laisse passer une telle occasion, et de fait, j'aurai le site pour moi tout seul durant l'heure que j'y consacrerai. Il faut parcourir un bon kilomètre pour monter sur la colline où se trouvent les ruines : c'est un certain Hippodamos de Milet qui en conçut le plan en damier, un quadrillage très moderne qui préfigure celui de nombre de villes modernes, notamment aux USA. Les rues ont des largeurs et des écartements réguliers, définissant des îlots eux-mêmes divisés chacun en 10 maisons. Et chacune de ces maisons (multipliées par autant d'îlots) est construite de la même manière, un portique d'entrée, une cour centrale avec son puits, des chambres et d'autres lieux de stockage, répartis à l'époque sur 2 niveaux. Quelques maisons, peut-être celles des notables de l'époque, comportent en sus des mosaïques de galets noir et blanc qui ont traversé les siècles. Avec un peu d'imagination, en regardant ce vaste espace coupé au cordeau, on devine l'une des premières villes-lotissement de notre ère.

Je poursuis ma route jusqu'à Neos Marmaras, où je trouve un logement en dernière minute, un appartement un peu vieillot, mais sympathique, au rez-de-chaussée d'une maison en plein centre du gros village qu'est Neos Marmaras. Celui-ci doit son nom à la ville de Marmara en Turquie, que ses habitants grecs fuirent en 1924 pour s'installer ici. Au moins dans cette station balnéaire, très animée en été, il y a encore des habitants en hiver, et donc des boutiques ou des restaurants ouverts, ce qui n'est pas le cas partout sur la presqu'île, comme je m'en rendrai compte ensuite. J'ai donc fort bien fait de me poser là.
Mon dernier jour en Grèce est consacré à faire le tour de la péninsule, vers le sud d'abord. Les plages sont désertes, juste quelques bateaux échoués qui attendent des jours meilleurs, et tout semble en état d'hibernation. Je m'arrête sur la baie de Toroni, où un sentier bien fléché le long de la côte offre une rare balade d'une grosse heure jusqu'à 3 canons, ou plutôt aux plateformes en béton qui en subsistent, posés par les Allemands lors de la seconde Guerre Mondiale. Chacune de ces plateformes offre de belles vues sur la presqu'île voisine de Kassandra ou sur la crique de Porto Koufos.

Je continue vers le sud et la cap Drepano, en passant par le village de Kalamitsi, où je pensais d'abord trouver un hébergement - bien m'a pris de m'arrêter avant, puisqu'absolument tout est fermé ici. Je poursuis sur la route qui serpente le long de la côte découpée, entre forêts de résineux et rochers fouettés par les vagues. Quand soudain, au détour d'un virage, se dresse au loin une impressionnante montagne couverte de neige, se détachant sur le ciel bleu (puisque le soleil a enfin fait une apparition) : c'est le fameux Mont Athos, que je n'imaginais pas si haut et si imposant. Il culmine quand même à plus de 2000 mètres, plongeant à la quasi-verticale dans la mer. Et cela donne vraiment envie d'aller voir un jour de plus près pour crapahuter entre monastères et montagne.


Dernier arrêt à Sarti où je trouve difficilement une gargote où déjeuner. Drôle d'ambiance, très masculine. Le clochard local s'y restaure à bon compte, l'autre client s'éclipse quand j'arrive, le patron m'accueille gentiment malgré l'heure tardive, avant d'aller s'occuper de la santé de son père. La salle de restaurant - si l'on peut dire - est un capharnaüm où s'empilent des cartons, des objets, des caisses, des gamelles, un peu de tout, et où sur l'un des murs miteux, à côté des rituelles icônes orthodoxes, des photos en noir et blanc rappellent sans doute la mère et épouse disparue des propriétaires. Le repas est rustique et goûteux, vite expédié cependant avant que la boutique ne ferme. Sur la plage de la petite ville, on peut encore profiter de la vue sur le Mont Athos, qui contraste avec les attributs balnéaires de l'endroit.

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