Jours tranquilles à Nernier


Le Lac Léman est le plus grand lac d'Europe Occidentale, partage entre la France et la Suisse, cette dernière possédant les deux tiers des rives, ainsi que ses plus grandes villes, Genève et Lausanne. La côte française est située au sud, les villes les plus connues étant Evian et Thonon, bien connues pour leurs eaux, même si ce ne sont pas celles du lac. Mais de nombreuses petites villes et villages prospèrent le long du Léman. Yvoire en est une, bien connue et fort coquette, à tel point que s'y déversent à flots continus des cars de touristes qui s'égaillent dans les rues jusqu’au port. Du coup, comme souvent, l'endroit perd un peu de son âme, la vendant au diable, ou au moins au dieu Hermès, pour profiter de cette manne aguichante. Au moins les boutiques sont-elles plutôt bien intégrées dans le cadre médiéval, et vendent-elles des objets d'artisans souvent réussis, et pas donnés non plus, plutôt que des souvenirs cheap made in China. A deux pas de là, une demi-heure à pied en longeant le bord de l'eau la plupart du temps, se trouve le village de Nernier, où nous posons nos valises pour la semaine. Là, c’est calme et volupté au bord de l’eau, dans le petit port de plaisance où se cache un 2-mâts, la Licorne, et qui rougeoie le soir venu lorsque le soleil se couche sur la ligne du Jura suisse de l’autre côté du lac. Sur la place centrale, l’activité bat son plein par contre, les terrasses proposent apéro ou dîner, et les Néroniens (habitants du cru) sont de sortie. Je suis surpris, et ravi, de découvrir un bar à bières qui offrent des mousses originales, du coin et de plus loin, servies par un ventripotent barbu patron, aussi iconique que mutique.


La frontière n’est pas bien loin à l’ouest, une dizaine de kilomètres, et 2 bonnes heures quand même, lorsque nous longeons la côte en profitant de la servitude de passage qui oblige les propriétés aux pieds dans l’eau à laisser un sentier le long de l’onde pour les promeneurs. Cela permet d’avoir un panorama complet des demeures du bord du Léman, depuis cet immeuble en ruine jusqu’à cette immense propriété un rien m’as-tu-vu, dans laquelle le gardien de faction nous surveille d’un œil torve, nous houspillant quand nous dévions d’un iota de la ligne virtuelle qui désigne le chemin que nous sommes censés suivre. Nous lui préférons une grande maison en bois au charme désuet, avec de petits airs de maison coloniale du Sud américain. Chaque lopin, grand ou petit, a en tout cas son ponton, tout simple ou à la mode vénitienne, et souvent son bateau. Tout cela fleure bon l’aisance financière, d’autant que la Suisse n’est pas loin.


Puisque l’on parle de Suisse, allons-y donc ! Elle n’est située qu’à quelques lieues (nautiques), juste en face de Nernier. Un quart d’heure de bateau, sur une mer d’huile (décidément, on a du mal à se dire que cette grande étendue d’eau est un lac), pour rejoindre la coquette ville de Nyon, au milieu des frontaliers qui vont y gagner « quelques » francs suisses. Un château élancé, joliment perché au-dessus du port, des colonnades romaines un peu incongrues, des murailles encerclant la vieille ville, et surtout un superbe musée du Léman, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Lac sans jamais oser le demander. Vous saurez tout sur le tsunami qui le ravagea au XIIIème siècle, sur les baigneuses du siècle passé, sur les poissons qui le peuplent ou sur le Rhône qui le traverse.
 

Autre étape helvète, juste avant de reprendre le train pour Paris, un petit tour à Genève. Le vieux centre, juché sur une colline au bout du lac, fait dans le classique, rues étroites bordées de commerces chics, une cathédrale tout en haut. En bas, le Rhône qui reprend son cours héberge des entrepôts transformés en brasseries branchés. Je trouve plus originale la balade qui me fait rejoindre le quartier des institutions. La plus connue est le palais de la défunte Société des Nations, reconvertie en annexe de l’ONU, dont une allée bien protégée et encadrée de drapeaux montre le chemin. Mais on y croise bien d’autres établissements, bien connus comme l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), celle de la Santé (OMS), ou moins réputés comme celles de la Météorologie ou le Bureau International du Travail. Des drapeaux omniprésents marquent chaque territoire. Le retour se fait le long du lac à travers jardins verdoyants hébergeant des villas cossues reconverties en musées. Le célèbre jet d’eau culminant à mètre nous gratifie d’une éjaculation persistante en arrière-plan. Un ponton amène aux Bains des Pâquis, où quelques courageux font trempette dans une eau à moins de 20°C.





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