Venise, terre de contrastes

Ca' de Oro
Venise est sans doute l'une des destinations touristiques les plus courues au monde, et ce d'autant plus que sa surface "utile" est réduite si on la compare à d'autres endroits. Résultat : le monde entier (et au passage de plus en plus d'Asiatiques) se presse autour de la Place Saint-Marc, du Rialto ou du Grand Canal. Les chemins balisés qui permettent de circuler de la Gare aux sites principaux sont devenus des autoroutes à touristes (plus de 90 % des usagers paraît-il), flanqués de boutiques à souvenirs exotiques (quasiment tout doit être "made in Asia", et les vendeurs itou), moches et de mauvais goût, sans oublier les restaurants attrape-toutou avec leurs menus touristiques en 5 ou 10 langues. Et cela est vrai en été bien entendu, mais le reste à tout moment désormais : j'espérais échapper à une partie du flux exogène en m'y rendant début janvier, point du tout, le flux perdure y compris après les fêtes ...

Mais comme souvent, il suffit de s'écarter ne serait-ce que de quelques mètres du circuit imposé pour retrouver immédiatement la quiétude, et les Vénitiens qui échappent eux aussi au grouillement. Il faut pour cela accepter de se perdre, car le trajet devient vite labyrinthique, tourner à droite, puis à gauche, passer un pont, emprunter un passage souterrain, se glisser dans une ruelle étroite, trouver son chemin devient un casse-tête, les cartes ne sont pas toujours utiles, l'intuition souvent davantage, mais le plaisir vient aussi de se perdre. Et de découvrir ainsi des endroits délaissés parce que périphériques, qui recèlent aussi des perles : au nord-ouest, le Cannaregio et le Ghetto, aux linges pendant aux fenêtres et au-dessus des canaux ; ou encore à l'est le Castello, des petits immeubles modestes où vivent encore des Vénitiens, du moins ceux qui accepte cette gageure de vivre avec ses pieds comme seul moyen de transport ou presque. Car si cela semble une évidence, il est toujours aussi frappant que voir que Venise est sans doute la seule ville au monde où tout le monde doit marcher et où la roue n'a pas droit de cité : pas d'automobile c'est acquis, mais pas non plus de moto, de vélo, de trottinette ou de skateboard même, les seules roulettes que l'on voit sont celles des valises (des touristes) et des caddys (des locaux). Il y a évidemment le bateau comme ultime solution, mais c'est cher, c'est compliqué, et les canaux sont vite saturés.
 


Alors Venise est-elle en train de mourir à petit feu ? Oui et non. Le centre devient un Disneyland, spectaculaire certes, un peu artificiel, occupé par les seuls touristes, et destiné à eux seulement, les logements et les restos leur sont consacrés, et les Vénitiens n'y passent que contraints et forcés. Et les quartiers périphériques recueillent les habitants, du moins ceux qui acceptent les contraintes de la ville, et l'on y trouve la vraie vie, les échoppes vendant de la quincaillerie ou droguerie, les bars où l'on parle de calcio, les restos où l'on s'endimanche pour déjeuner. Un exemple parfait en est l'île de la Giudecca, située au sud, juste en face de la Venise historique : un coup de vaporetto, et tout change. L'ambiance reste vénitienne, canaux et ponts, églises et placettes, mais le calme est revenu. Du coup, le quartier est devenu très branché, les Vénitiens fuyant l'effervescence mortifère du centre s'y réfugient, l'immobilier prospère, les prix flambent, la gentrification est en marche, autre péril ... 
Canal de la Giudecca

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