D'aber en aber

Après l'anniversaire en Anjou, j'ai prévu quelques jours de randonnée au pays des Abers, sur la côte nord de la Bretagne au-dessus de Brest. Comme chaque automne, c'est avec ma sœur que nous marchons, mais cette année, ma néo-retraitée d'épouse nous accompagne dans nos pérégrinations pédestres. Un grand soleil ne nous a pas abandonné depuis un bout de temps, et pourtant quand nous arrivons à notre destination de Plouguerneau, nous pénétrons dans une brume qui enveloppe la côte, créant une étrange atmosphère feutrée. J'ai dégoté un gîte à Créach an Avel, non loin de la plage, dans une sorte de yourte en bois, très écolo, jouxtant celle des propriétaires qui nous louent.

 

Comme la côte des Abers est très découpée, il est aisé de faire des boucles tout en restant presque toujours au bord de la mer. Notre première journée va nous faire faire le tour de la presqu'île de Plouguerneau, avec 27 kilomètres au compteur et quasiment pas de dénivelé. La brume de la veille n'est plus qu'un souvenir et un grand soleil baigne le sentier côtier tandis que nous partons à pied de notre étrange dôme. Plus loin, la plage du Koréjou se prolonge par la pointe de Penn Enez : c'est l'heure des écoles, le centre nautique est en pleine effervescence et des voiliers colorés quittent la base tandis que plus loin, ce sont des canoës qui longent le rivage. Côté terre, un four à goémon rappelle l'ancienne activité qui consistait à faire brûler le goémon ramassé sur les plages pour en retirer de la soude et de l’iode. Juste à côté, le lieu-dit du calvaire de l'Estran présente une série de sculptures de l'artiste François Breton, qui depuis 20 ans y accumule des œuvres gravées dans le granit de la côte, parfois dans le bois ou la roche. Ces figures humaines stylisées, assez saisissantes, regardent la mer, ou bien se regroupent sur un socle granitique, comme dans un pardon maritime.

Un peu plus loin apparaît à l'horizon le phare de l’Ile Vierge, le plus emblématique des phares de la région. C'est aussi le plus haut de France avec ses 83 mètres, et même le plus haut du monde en pierre de taille ! À l'origine, quand il fut construit en 1845, il ne mesurait qu’une trentaine de mètres, et signalait l'entrée de l’Aber Wrach. Cette petite construction peut encore se voir à côté du Grand Phare plus récent, qui n'est plus utilisé aujourd'hui, servant simplement d'amer au navigateur de passage. Au long de nos quatre jours de balade le long des abers, nous aurons souvent l'occasion de voir le phare pointer le bout de son nez haut perché au détour d'un sentier, tel une balise sur laquelle se repérer.

Puis c'est le petit phare de l'île Wrach qui annonce l'entrée de l’aber du même nom. Nous quittons alors la vraie mer pour longer la ria qui change progressivement pour devenir une rivière s'enfonçant dans les terres. La boucle est presque bouclée, nous quittons le bord de l'eau pour quelques kilomètres, histoire de couper la base de la presqu'île, traversant le centre de Plouguerneau pour rejoindre notre dôme en bois.

Le soir venu, nous retournons vers la magnifique plage de Lilia où nous nous étions arrêtés dans l'après-midi pour nous désaltérer avec vue sur le phare. Nous dinons à la bien-nommée crêperie de la Route du Phare, remplie de vacanciers tardifs, et où les galettes de sarrasin s’avèrent excellentes. En fin de soirée, un rougeoyant coucher de soleil sur la plage de Lilia s’offre à nous en guise de cadeau vespéral.

 

Le lendemain, c'est de l'autre presqu'île, celle de Landéda, que nous faisons le tour, en utilisant nos voitures cette fois, l'une laissée à notre départ, l'autre déposée à notre point d'arrivée. Nous partons du port de l’Aber Wrach pour remonter vers la pointe de Penn Enez (même nom que celle de la veille sur l’autre méandre), puis les dunes de Sainte-Marguerite, d'où la vue s'ouvre sur l'océan baignant les îlots dispersés le long du rivage. Puis comme hier, nous rejoignons le second aber, celui de Benoît, que nous longeons pour rejoindre la fin d’étape au pont Tréglonou. Au passage, nous nous arrêtons aux viviers Madec, recommandés par un ami, et y faisons emplette de crustacés du coin : deux langoustes, soldées car un peu abîmées par une bataille d'aquarium, que nous faisons cuire avant de repasser en voiture les récupérer à la fin de notre balade, ainsi que des pinces de tourteau. Voilà qui nous offrira trois superbes repas pour une orgie de produits de la mer. Un peu plus vers l'intérieur des terres sur l’Aber Benoît, nous  passons devant une magnifique demeure bretonne à Prat-al-Lann qui appartint à Jane Birkin durant une trentaine d'années, comme l'indique une petite plaque apposée à l'entrée : Kachalou, du nom de ses trois filles Kate, Charlotte et Lou.

 


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tassili n'Ajjer, minéral et humain

Ma géographie NBA

Quand t'es dans le désert ... (*)